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Canada - page 2

Toronto
Révérend Joshua Young

Révérend Joshua Young

Le Révérend Joshua Young de Burlington, Vermont recevait parfois des fugitifs venant du Massachussetts. Il disait que « chaque port était une station » sur les côtes de la Nouvelle Angleterre. Une voie vers le Vermont débutait à Cape Cod, Massachussetts et comprenait des arrêts à New Bedford, à Fall River, Providence et à Valley Falls en Rhode Island. Le prochain arrêt se trouvait de nouveau dans le Massachussetts à la gare de Worcester où les personnes en quête de liberté étaient dirigées vers le chemin de fer du Vermont. Une étape importante sur ce chemin était à Valley Falls, la ville des Quakers Samuel B. et Elizabeth Buffum Chace. Madame Chace était « née et baptisée dans l'esprit anti-esclavage ». Son père, Arnold Buffum était le premier président de la Société anti-esclavage de la Nouvelle Angleterre.

Dans ses « Reminiscences » en 1891, Mme Chace décrit la route vers le Vermont et indique que le Révérend Young était l'agent de réception:

...Les esclaves en Virginie, s'assuraient de sécuriser leur passage, soit en secret soit avec le consentement des capitaines, à bord de petits vaisseaux commerciaux à Norfolk ou Portsmouth, et ainsi étaient amenés dans un port en Nouvelle Angleterre où leur sort dépendait des circonstances du moment. Certains, arrivés dans quelque ville du Cap Cod, attendaient à New Bedford, et de là étaient envoyés par un abolitionniste à Fall River et mis à l'abri par Nathaniel B. Borden et sa femme, qui était ma sœur Sarah et, étaient envoyés par eux vers Valley Falls, en pleine nuit et dans une voiture fermée avec Robert Adams, un ami fidèle comme guide. Là, nous les recevions et les préparions pour le voyage, mon mari les accompagnait pour une courte distance sur le chemin de fer de Providence ou de Worcester, familiarisait le guide avec les faits, assurait son support et les lui confiait pour qu'ils soient transférés à Worcester vers le Vermont, où par un arrangement préalable ils étaient reçus par un ecclésiastique unitarien dénommé Young, et de là, envoyés par lui au Canada où ils arrivaient sains et saufs. Je leur donnais une envelope nous étant addressée pour être postée à Toronto, laquelle, lorsque nous la recevions nous annonçait qu'ils étaient bien arrivés, loin de l'influence maléfique des "Stars and Stripes" et de la loi anti-protection des esclaves fugitifs.

Mme chace raconta de façon frappante comment ils aidèrent une femme avec trois enfants:

L'autre nuit, le bon Robert Adams nous a réveillés avec le bruit d'une voiture transportant une femme et trois enfants. Elle s'était échappée du Maryland depuis un certain temps avec sa famille et s'était établie à Fall River comme blanchisseuse, elle y avait même établie son domicile et avait bien réussi. Son fils aîné, agé de dix-sept ans travaillait dans une écurie et après un certain temps, était parti six miles plus loin pour travailler pour un fermier. Peu de temps après, le même agent qui avait arrêté Anthony Burns à Boston est arrivé à Fall River et a été vu en train de roder autour du quartier où les gens de couleur vivaient; et de manière suspecte, en particulier, d'épier l'écurie où le fils de la femme avait travaillé. Vivant toujours dans la peur, dans cette soi-disant « terre de liberté », elle devint fort agitée lorsqu'elle apprit ces faits. Les amis des esclaves comprenaient également les raisons de ces craintes, car l'état du Massachussetts avait récemment cédé au pouvoir de l'esclavage et malgré les protestations et les supplications des meilleurs citoyens de l'état, avait cruellement renvoyé à l'esclavage, l'homme que ce mécréant avait capturé pour une récompense. Donc ils firent vite partir cette femme avec ses trois enfants au milieu de la nuit pour attendre à Valley Falls que ses biens soient liquidés, et que son fils soit ramené de chez le fermier. Nous les avons gardés trois ou quatre jours dans la crainte et dans l'attente de l'arrivée du chasseur d'esclaves; nos portes et fenêtres fermées de jour comme de nuit, n'osant laisser nos voisins savoir qui étaient nos invités de peur que quelqu'un ne les trahissent. Nous avons dit à nos enfants, tous à l'époque en dessous de l'âge de quatorze ans, qu'une amende de mille dollars et un emprisonnement de six mois nous attendaient si l'agent venait et aussi que nous devions absolument refuser d'abandonner ses pauvres gens; et ils ont décidé héroïquement de s'occuper de tout au cas où cela arriverait et surtout d'être braves et de faire tout ce que nous leur demandions pendant notre absence. L'esprit anti-esclavage envahissait toute notre maison au cours de ces années mouvementées. Dans ce cas particulier, nos serviteurs fidèles irlandais déclarèrent qu'ils se battraient pour que cette femme et ses enfants ne soient plus esclaves et qu'ils seraient prêts à assumer leur part pour cette occasion. Donc nous avons attendu et gardé notre secret. Le troisième ou quatrième jour, le garçon est arrivé avec de l'argent venant de bons amis habitant à Fall River et nous les avons envoyés sur leur chemin, craignant toujours qu'ils soient capturés pendant leur voyage. Mon mari les accompagna une partie du voyage vers Worcester et il raconta leur histoire au guide qui lui promit qu'il les aiderait à commencer leur chemin en toute sécurité vers le Vermont. Quand il est revenu il dit à Monsieur Chace que le superintendant à Worcester lui dit qu'ils seraient pris en charge et que si aucun train n'allait vers le nord bientôt, pour garantir leur sécurité, il ajouterait un train supplémentaire.

Les jours suivants furent remplis d'anxiété mais l'enveloppe revint avec le cachet de la poste de Toronto et les voleurs d'hommes perdirent leur proie.
Philipsburg, Québec

Au nord de Franklin, Vermont et de l'autre côté de la frontière canadienne, la Première Église Méthodiste de Philipsburg se trouve toujours là. L'histoire orale nous raconte qu'avant la guerre de Sécession, ses membres mirent à l'abri des esclaves fugitifs venant des États-Unis. Tout près, se trouve le village de Saint-Armand où vivait une petite communauté noire avec une église et un cimetière. Saint-Armand fut fondée par Philip Luke, un loyaliste d'Albany, New York qui avait émigré au Canada avec ses esclaves après la révolution américaine.

Première Église Méthodiste, Philipsburg, Québec [United Church, Philipsburg, Québec]

Première Église Méthodiste, Philipsburg, Québec
[United Church, Philipsburg, Québec]

L'histoire du chemin de fer clandestin de la Première Église Méthodiste (qui actuellement s'appelle Philipsburg United Church) est écrite sur un panneau à l'extérieur, devant l'ancienne maison de pierre servant de point de rencontre. Sur le panneau est écrit : « dans les années 1860, de nombreux réfugiés du sud ont trouvé refuge dans les maisons de cette congrégation sur le "chemin de fer clandestin" ».

Le panneau serait plus juste s'il disait « dans les années 1850 », car le plus grand déplacement d'esclaves afro-américains des États-Unis au Canada a eu lieu dans les années après l'adoption par le Congrès du projet de loi des esclaves fugitifs (Fugitive Slave Bill) en 1850 et avant le début de la guerre de Sécession en 1861.

Il y a une histoire racontée oralement sur une connexion du chemin de fer clandestin entre Swanton et Philipsburg. Les arrière-grands-parents de Margaret Theoret vivaient parfois dans le Vermont, et parfois au Canada. Son arrière-grand-mère (dont elle porte le nom fièrement) était membre de l'église méthodiste à Philpsburg et cela serait peut-être un lien historique important pour le rôle de l'église dans le chemin de fer clandestin.

Comme le raconte l'histoire, l'arrière-grand-père de Madame Theoret, Joseph St-Laurent menait des fugitifs de Swanton, Vermont à Philipsburg. Madame Theoret tient la boutique New England via Vermont, à Alburg, Vermont où elle célèbre l'histoire du chemin de fer clandestin et de la guerre civile. Dans une de ses expositions, elle raconte l'histoire de son arrière-grand-père, Joseph. Joseph était né à Saint-Ours, Québec, et déménagea à Swanton, où il fabriquait des briques. Selon la tradition familiale, il abritait les esclaves fugitifs à Swanton avant de les mener à Philipsburg. Voici l'histoire que le grand-père, les oncles et les tantes de Mme Theoret lui racontaient lorsqu'elle était enfant : son arrière-grand-père Joseph allait en Géorgie pour obtenir de l'argile rouge pour faire ses briques mais il rapportait autre chose avec lui - des esclaves qui voulaient être libres. Après avoir abrité les fugitifs dans sa grange (dont il ne reste rien), il les emmenait à sa fabrique de briques, qui était de l'autre côté de la ville près de la rivière Missisquoi. Madame Theoret imagine qu'il les emmenait en bateau pour remonter la rivière Missisquoi jusqu'à Dead Creek, et ensuite jusqu'à Philipsburg par la baie Missisquoi.

Le surnom de Joseph St. Lawrence était « Peg Leg Joe », ce qui est une histoire en elle-même. Ce surnom lui fut donné quand il travaillait à St. Albans pour un homme nommé Morrison (la seule personne, selon Mme Theoret, qui fut tuée lorsque les confédérés ont attaqué Saint Albans pendant la guerre civile). Joseph travaillait pour Morrison quand il eut un terrible accident et une de ses jambes a dû être amputée. Dans une chanson populaire du chemin de fer clandestin, "Follow the Drinking Gourd" un homme nommé Peg Leg Joe guide les gens en suivant l'étoile du Nord loin du sud, vers la liberté. Mme Theoret ne pense pas que cette chanson fut inspirée par le travail de son arrière-grand-père pour le chemin de fer clandestin, mais elle croit absolument qu'il a aidé des esclaves fugitifs. En fait, elle en est tellement sûre qu'il était guide du chemin de fer clandestin qu'elle est allée une fois en Géorgie et a essayé de retrouver l'endroit où il achetait l'argile pour ses briques rouges.

Margaret Therot n'a pas de journal, revue ou lettre pour prouver que l'histoire de son arrière-grand-père "Peg Leg Joe" était réelle. Elle a une belle image de lui et une trace écrite de l'adhésion de son arrière-grand-père à l'église méthodiste de Philipsburg.

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Sources:

Elizabeth Buffum Chace, Anti-Slavery Reminiscences. (Central Falls, R.I.: R.L. Freeman & Son, 1891):10, Google Book Search (accessed March 5, 2008).

Joshua Young D.D. to Wilbur H. Siebert, April 21, 1893. [The Underground Railroad in Vermont, vol. 1, MIC 192 Wilbur H. Siebert Collection (1840-1954) Microfilm Edition] (Columbus: Ohio Historical Society), reel 15.

Laura E. Richards ed., Letters and Journals of Samuel Gridley Howe (Boston: Dana Estes & Company, London: John Lane, 1909): 340, Google Book Search (accessed Feb. 30, 2009).

United Methodist Church, Philipsburg, Québec, photo by Don Papson.