Canada - page 1

Montréal

Certains fugitifs préféraient trouver refuge à Montréal plutôt que dans l'ouest du Canada.

Ville de Montréal

Ville de Montréal

Shadrach Minkins

Dans la nuit du mercredi 12 février 1851, John Caphart, un agent de police de Norfolk en Virginie arriva à Boston avec des documents juridiques et une procuration de John DeBree, propriétaire de l'esclave fugitif Shadrach Minkins. Carphart était un homme qui avait "un mauvais visage dur et laid, non seulement en forme mais aussi en expression", un visage "fait pour un chasseur d'esclaves, ou rendu tel par son occupation".

Un plan fut mis en place. Tôt le matin du 15 février, Les officiers de police américains allaient surprendre Minkins au café Cornill de Taft où il travaillait comme serveur. Mais l'homme qui devait identifier Minkins ne vint pas. Pour ne pas attirer de soupçons, deux des officiers commandèrent des cafés. Minkins les servit. Quand il alla chercher leur monnaie, deux autres officiers entrèrent dans le café et le saisirent. Ils le poussèrent vite dans une allée à l'arrière et l'amenèrent au tribunal à proximité.

Cependant des témoins avaient vu la capture et la nouvelle se propagea comme un feu sauvage. En trente minutes, cent à cent-cinquante personnes, la plupart des hommes noirs en colère s'entassèrent dans la salle d'audience. Les membres du comité de vigilance de Boston se précipitèrent aux côtés de Shadrach; une équipe d'avocats se rallia à sa défense. Ils préparèrent une requête habeas corpus pour protester contre son arrestation et ils obtinrent un report de trois jours pour son procès.

Les officiers de police commencèrent à évacuer la foule hostile de la salle d'audience. Un homme s'approcha de Minkins et lui dit "N'ayez pas peur, nous sommes à vos côtés". L'homme fut immédiatement expulsé de la salle. Minkins jura « Si je meurs, je mourrai comme un homme ».

Pendant ce temps, la foule à l'extérieur de la salle d'audience s'était agrandie. Soudain une quinzaine ou vingtaine d'hommes forcèrent ouverte la porte de la salle d'audience donnant sur l'extérieur. Menés par Lewis Hayden, un rescapé de l'esclavage depuis moins d'une décennie, les hommes coururent vers Shadrach pour le sauver. Ils le saisirent par le col et les pieds et le sortirent du palais de justice, l'emmenèrent dans la rue vers Beacon Hill et le cachèrent dans un grenier. Shadrach fut transporté dans un wagon à Concord, puis à Leominster et à Fitchburg où il fut mis dans un train qui le mena au Vermont et enfin à Montréal, Canada. Il est possible qu'il ait voyagé en train jusqu'à Burlington et St. Albans et de là vers Montréal par St. Johns.

L'abolitionniste Samuel Gridey Howe de Boston raconta que lorsque Shadrach arriva au Vermont "il se mit à genoux et pria avec une telle ferveur que des larmes vinrent aux yeux de mon informateur qui était avec lui".

Lewis Hayden

Lewis Hayden, chef des hommes
qui sauvèrent Shadrach Minkins

Le rapport qui suit apparut peu après dans le journal Commonwealth de Boston:

Montréal, le 28 février 1851.
Cher Monsieur: Il est de mon devoir de vous faire connaître l'histoire de mon arrivée en ville. Je suis arrivé ici vendredi soir dernier, après un voyage de quatre jours. Le temps était très mauvais et nous avons dû traverser les eaux gelées deux fois, la première fois pour neuf miles. Ma santé n'est pas aussi bonne qu'à mon départ, mais j'espère que quelques jours de repos me rétabliront. Je suis à court de mots pour exprimer la gratitude que je ressens pour ces bons amis de Boston et croyez-moi je considérerai toujours mon devoir de prier Dieu pour leur santé et leur bonheur. Je vous prie, ainsi que Mesdames, de me garder dans votre bon souvenir. Permettez-moi de signerVotre serviteur reconnaissant,
FREDERICK MINKINS

LEWIS Hayden et plusieurs autres hommes arrêtés et inculpés pour avoir aidé Minkins à s'échapper furent acquittés.

Comme le Shadrach de la Bible qui fut jeté dans une fournaise ardente et en sortit vivant, Shadrach échappa à l'esclavage et survécut. Il lui fallut un certain temps pour s'établir à Montréal, mais éventuellement il trouva un emploi comme serveur. Peu après, il ouvrit son propre petit restaurant. Il jura qu'il ne reviendrait jamais aux Etats-Unis. Il rencontra et épousa une jeune femme irlandaise nommée Mary et ils fondèrent une famille. Il ferma son restaurant et devint barbier. C'était un bon métier car il lui permit d'avoir un revenu régulier.

Pour un compte rendu complet de cette histoire passionnante, nous vous recommandons le livre de Gary Collison, Shadrach Minkins: From Fugitive Slave to Citizen (Harvard University Press, 1997).


Sources:

Boston Commonwealth, Mar. 29, 1851 and The North Star, Apr. 10, 1851.

Boston Daily News, Feb. 17, 1851.

City of Montreal image, Special Collections, Benjamin F. Feinberg Library, State University of New York at Plattsburgh.

Broadside Collection, Rare Books Division, Boston Public Library, cited in Gary Collison's Shadrach Minkins: From Fugitive Slave to Citizen (Cambridge, Massachusetts, and London, England: Harvard University Press).

Lewis Hayden image, Boston African American NHS, NPS Photo.